Le sentier Blanc Martel, forêt et eau turquoise : 20 km au fil de l’eau

Les vacances se terminent, au-revoir ma Normandie, la mer, ou disons simplement au-revoir à l’eau, aux Gorges du Verdon quittées il y a deux jours. Lorsque j’y pense, apparaissent les nombreux villages qui dominent les rives du Verdon, le canyon vertigineux, la chaleur et l’eau turquoise.

J’aime m’asseoir, fermer les yeux, et voyager en pensant à ce qui m’a rendue heureuse ces derniers temps. Et là, je me rappelle avoir posé mes bagages dans une petite maison d’une pièce, et être directement allée à la rivière. Avec Rémi, nous nous sommes comportés comme des enfants, à gonfler nos bouées, traverser la rivière, descendre les courants, et simplement s’échouer sur des galets pour lire, profiter du soleil et de l’eau turquoise qui nous entourait. Je me souviens de cette chaleur aux premiers abords pesante, mais qui finalement devenait agréable. Je me souviens m’être assise sur un petit rocher, les pieds dans la rivière et avoir effleuré l’eau avec ma main, simplement pour la sentir couler sous mes doigts. Je me souviens de l’eau, mais également des nuages qui défilaient à grande vitesse et recouvraient le ciel lorsque l’orage s’annonçait. Le ciel bleu se vêtait d’un voile gris foncé et les sommets disparaissaient dans les nuages.

Et, si ces moments à la rivière restent inoubliables, je n’oublierai jamais ma première randonnée. Ce dernier vendredi rythmait pour nous avec dépassement de soi. Le sentier Blanc-Martel est réputé comme un sentier simple et familial. Long de 13km, il s’engouffre au cœur du Point Sublime. Nous sommes partis le matin, avons garé notre seule voiture au Point Sublime et avons longé la route sur quelques mètres pour rejoindre le point de départ. J’en souris aujourd’hui, mais nous n’étions vraiment pas préparés : pas de voiture au point d’arrivée pour nous ramener, 1 litre d’eau chacun. Et croyez moi, c’est bien ce litre d’eau qui a hanté mes pensées au cours de cette journée.

Nous descendons le sentier, découvrons une route que nous aurions pu emprunter plus tôt, et nous nous engouffrons dans un chemin étroit indiquant « le Graou ». La vue est somptueuse, la rivière est à deux pas, mais un pan de falaise et une corde nous attendent patiemment. Je dois avouer avoir eu une boule au ventre. J’ai peur du vide, le chemin ne devait faire que 50cm de large, en pente, glissant, et seule une corde à laquelle se maintenir nous empêchait nous écraser en bas. Tout s’est passé pour le mieux, la rivière est magnifique, mais infranchissable. Les tunnels que nous avions vus dans les vidéos ne montrent pas le bout de leur nez, et le parcours ressemble à tout sauf à un sentier simple et familial. Nous rebroussons chemin, franchissons à nouveau ce passage délicat, et nous dirigeons vers la route : « Sentier Blanc Martel ». Nous avions effectivement manqué le panneau de départ. Nous entamons donc ce fabuleux sentier de randonnée déjà fatigués, mais toujours aussi impatients !

Je me souviens des personnes sautant du haut des rochers dans cette eau froide, je me souviens de notre premier tunnel. Le parcours possède trois tunnels, initialement construits pour un aménagement hydroélectrique après la seconde guerre mondiale. Il y fait frais, évidemment, il y fait noir. Le sentier continue, nous grimpons nos premières roches, marchons, marchons sur des kilomètres. Je n’en voyais plus le bout et vidait, sans réfléchir, la bouteille d’eau. La vue du sentier est magnifique et permet d’admirer des endroits inaccessibles du Verdon. Il est immense, il est si bleu, et la chaleur ne donne qu’une envie : y plonger. Nous continuons notre marche, sans vraiment nous situer, grimpons des roches par dizaines, le dénivelé est assez haut. Et, lorsque nous pensions en avoir terminé avec ce sentier, nous apprenons que nous n’en sommes qu’à la moitié. Nous continuons à grimper, mes jambes me brûlent, j’ai mal et pourtant la vue me réconforte et me pousse à aller plus loin. Nous croisons de nombreux randonneurs qui parcourent le sentier en sens inverse, qui apparemment était plus simple. Décidément nous n’étions pas préparés. Deux petites filles blondes descendent quelques rochers, s’arrêtent, nous regardent et disent  » Bon courage, il y a une centaine de marches à gravir, au moins 170 ! ». Dans ma tête, ça fait tilt, je me souviens de la Brêche Imbert et de ses 256 marches, ses 6 échelles de métal. Nous sommes aux pieds des marches et débutons l’ascension, en sens inverse. Mes jambes tremblaient à ce moment là, ma gorge brûlait, et pourtant, j’avais envie de gravir toutes ces marches, impatiente de découvrir le panorama. Arrivés au sommet, le dénivelé coupe le souffle. Devant nous, un bois, derrière, toujours un Verdon bleu turquoise. La bouteille d’eau est maintenant à moins de la moitié, tout comme notre chemin.

Il nous reste plus de trois heures de marche. Trois heures jusqu’au Chalet de la Maline, pas de voiture pour revenir, pas d’argent pour une navette, ni d’argent pour de l’eau… si nos calculs étaient bons, nous devions arriver chez nous vers 22h (nous étions partis à 10h). C’est ici que notre courage s’effondre. Nous rebroussons chemin, et, au lieu de parcourir ces 13km, nous décidons d’en faire une vingtaine. La descente des marches est aussi rude que l’ascension. Mes jambes étaient fatiguées de me porter.

A notre grand bonheur, nous avons trouvé un immense réconfort à l’Etroit des Baumes-Frères : un accès à l’eau, aux pieds des falaises. Nous enlevons nos chaussures et y plongeons nos pieds immédiatement (Rémi y plonge intégralement). Nous déjeunons à 14h, profitons du soleil et de cet endroit magnifique que je conseille à tous. C’est une récompense à mi-parcours. Après 1 heure de baignade, je ne voulais pas repartir. Nous devions parcourir à nouveau ce que nous avions parcouru le matin et, comme vous avez surement pu l’imaginer au cours de ce récit, la bouteille d’eau est presque vide. Nous marchons, marchons pendant des kilomètres, je bois de minuscules gorgées qui ne m’hydratent pas. Et, je n’ai sincèrement jamais autant pensé à l’eau sous toutes ses formes : le froid de l’eau de la bouteille qui pouvait couler dans ma gorge, la douche, la rivière du camping, et enfin, je m’imaginais plonger du haut de ces rochers, directement dans le Verdon. Nous gagnons, après une longue marche, les tunnels tant recherchés au départ, puis grimpons les dernières marches. J’avais vidé les dernières gouttes de la bouteille. Le sentier était terminé, mais la voiture encore loin. Nous avons choisi de regagner la voiture via la route que nous avions manquée le matin même. 30 minutes de lacets et montées nous attendaient, j’avais encore soif, Rémi je pense encore plus, puisqu’il m’a donné les dernières gorgées d’eau.

Revoir la voiture a été une immense joie !  Je suis fière de moi, de nous, même si nous ne sommes pas allés jusqu’au bout. Nous avons tout de même parcouru une vingtaine de kilomètres, avons admiré des paysages à couper le souffle. Je recommande cette randonnée à tous voyageurs, à tous ceux qui posent le pied dans les Gorges du Verdon, mais vous conseille vivement d’étudier les moyens de transport et d’emporter 2L d’eau au minimum par personne, car sous 30°C, cela ne pardonne pas.

Une première randonnée, un souvenir mémorable.

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